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Le demomaking est-il de l'Art ?
écrit le 11/02/2007, révisé le 01/11/2015

Comme les demomakers ont un souci de la qualité de leur travail, et pour montrer le niveau d'exigence qu'ils se donnent, on entend parfois à demi-mots cette question de savoir si la démo est de l'Art ou n'en est pas... sous-entendant qu'ils aimeraient bien avoir cette reconnaissance ultime pour ce temps passé à faire ce qui est (reconnaissons-le) perçu comme totalement inutile. L'Art échappant à toute notion d'utilité, il peut être une noble résolution de ce problème.

Tout dépend de ce qu'on appelle un Art. Le demomaking n'est à priori pas reconnu comme tel. Mais étant très peu connue, cette discipline échappe encore à toutes les définitions. On peut connaître l'art de programmer sans pour autant être un artiste :)

Définitions de l'art
Selon la 3ème définition de l'Académie française : "Activité désintéressée qui a son but et sa fin en elle-même, selon un idéal esthétique". On distingue aussi plusieurs formes d'art, avec notamment une opposition entre les arts majeurs (architecture, sculpture, peinture, danse, musique, poésie, cinéma, télévision (?!?), BD) et les arts mineurs (poterie, reliure, vannerie, etc.) liés à l'artisanat.

Selon le classement des Arts, il serait à la mode de mettre les jeux vidéo en 10ème place (Renaud Donnedieu de Vabres, ministre français de la culture et de la communication) ; place disputée par les jeux de rôles, les roman-photos, le multimédia, et les arts martiaux (selon les sources)... après tout, ce n'est pas pire que d'avoir mis la télé dans la liste et ne pas mentionner la littérature !

Le demomaking serait-il le (2²)²=16ème art ? Voulez-vous mon avis ? Cette liste est stupide...

Les arts mineurs sont liés à l'artisanat, habituellement liés à un métier (principale différence avec le demomaking). D'autre part, ces arts sont appliqués à quelque chose, alors que le demomaking ne l'est pas du tout. Dans cette catégorie, on pourrait toujours intégrer le "pixel art" qui est une profession à part entière, appliqué à une technologie.

Mais la question est de savoir si le demomaking a sa place parmi les arts majeurs. On peut déjà considérer une évidence : le demomaking n'a d'autre but que lui-même, et remplit donc la première partie de la définition de l'Académie Française.

La technique au service de l'esthétique
Si la musique a une forte composante technique (notamment pour ce qui est de la pratique de certains instruments comme les orgues), elle la met au service d'une harmonie esthétique de l'écoute. Si on essaie de positionner le demomaking par rapport à cette discipline, on peut considérer la dimension technique du demomaking, mais toujours à condition que celle-ci soit mise au service d'une beauté autre.

Outre les tentatives musicales ou graphiques réalisées sur CPC, s'apparentant alors à de la peinture (art ASCII ?) ou de la musique (art acousmatique), on est loin de définir si l'intérêt de ces aspect résidant dans le contournement ou la sublimation de la contrainte technique est apprécié dans le cercle des Arts...

Le Dadaïsme est un courant artistique qui prônait l'intention de l'auteur. En fait, il suffisait de mettre un cadre autour d'un lavabo, pour ainsi signifier que l'on décrétait que cet élément artistique était une œuvre remarquable (voir Marcel Duchamp), puisqu'une personne avait démontré une intention. C'est précisément un des éléments qui distinguent la photographie du réel.

Peut-être alors pourra-t-on chercher à y décortiquer l'intention de l'auteur d'une démo. Lorsque la technique est au service de l'expression, la dimension artistique prévaut naturellement. Mais lorsque la partie expressive est contrainte par un intérêt purement technique, cette expression serait alors réduite à une dimension ornementale. C'est le registre de la décoration, mais pas de l'Art.

Aujourd'hui, cependant, encore peu de démos ont atteint ce stade sur CPC. La recherche technique est bien souvent le critère unique pris en compte, et encore peu de graphistes (par exemple) parviennent à inventer selon ce critère. Je pense que cela veut dire que la première marche de la création graphique n'est pas encore complètement gravie. Cela laisse donc encore beaucoup d'espoir aux futurs graphistes...

On aura donc beau rapprocher le demomaking des arts majeurs par les biais de l'expression visuelle & sonore, on n'intégrera toujours pas la dimension technique, pillier du démomaker, qui jubile à afficher 42 sprites au lieu de 26, cela n'ayant à priori aucune approche esthétique :) Cela ne répond donc toujours pas à l'aspect "recherche technique" qui est le souci essentiel du demomaker. Si l'invention sur CPC est orientée par les codeurs, cherchons un peu ce que la technique peut apporter à l'art.

L'esthétique de la technique
Mais il n'est pas aisé de cadrer l'aspect jubilatoire de l'équation parfaite et de définir si l'harmonie de la quintessence d'un code peut être perçue comme étant de nature "esthétique".

Outre la recherche d'une esthétique visuelle, qu'en est-il de la beauté de la formule parfaite ? Cette formule mathématique ultime, cet algorithme idéal qui résout l'existence humaine à "42" ? Ne peut-on trouver de l'esthétique à travers une structure logique ?

C'est probablement au cœur de la définition de l'Esthétique que l'on peut trouver la réponse. Il est question d'esthétique pour quelque chose de beau. Soit. Mais la beauté intègre certaines définitions qui n'ont rien de tangible : un beau raisonnement, une belle pensée... peut-être existe-t-il un lien avec les fractales, œuvres mathématiques résultant d'une simple équation, pourvu que l'on se détache de l'esthétique du paysage formé, pour revenir à l'intérêt de la formule elle-même.

Cette piste encore bien nouvelle devrait ouvrir certaines consciences à savoir s'il faut considérer la résolution d'un problème comme étant un acte de toute beauté.

Cependant, la compréhension de ce genre d'équation est cantonnée à un cercle assez réduit des personnes déjà capables de comprendre le problème posé. Reste à définir si on cherche une dimension universelle à la notion d' "art".


Approche universelle du Demomaking
On doit certainement privilégier cette approche universelle à une approche individuelle. En effet : l'intérêt d'un langage réside dans sa portée sociale. La question de savoir ce que cache notre mot "art" est inscrite dans une problématique de langage, qui n'a donc d'intérêt qu'à l'échelle d'une population. Cela ramène la question à se demander si "les gens" trouvent "beau" le défi du demomaking.

Posée de cette façon, la question est beaucoup plus facile à résoudre (ouf !), car chacun d'entre nous à fait l'expérience de voir les visages dépités de personnes pourtant proches et compréhensives passer à côté de l'intérêt que nous portons à ces petites choses informatiques qui nous comblent.

Effectivement, c'est la dimension universelle de l'art qui lui donne tout son intérêt. Tout le monde n'aime pas forcément telle ou telle expression artistique, mais sa teneur doit contenir des éléments culturels permettant une adhésion des individus. Si la notion esthétique échappe au commun des mortels, alors on peut se demander si l'Art du Demomaking n'est pas en dehors des considérations culturelles (comprises), donc de la beauté, donc de l'esthétique, et donc de l'art au sens universellement admis par le truchement du langage.

Tout au plus, pourrait-on espérer le statut d'artistes maudits avec une reconnaissance posthume si l'archéologie venait à exhumer un intérêt de notre travail à une époque culturellement plus propice que la nôtre...

Toute personne frustrée par ce constat peut toujours se dire qu'il lui suffit alors de sensibiliser son auditoire (une partie de la planète) à la technique de l'assembleur Z80 pour qu'il devienne alors sensible à son travail et s'exclame "Dieu, que c'est beau". Mais cette personne risquerait alors d'avoir la frustration d'un comédien devant expliquer sa blague pour se sauver d'un bide aussi lamentable que l'explication.

Mais on peut se rassurer car les mentalités évoluent. En effet, l'informatique entre au cœur des cultures, et la technique n'est plus aussi hermétique que jadis, principalement grâce au fait que les utilisateurs connaissent désormais l'outil depuis leur plus jeune âge. On peut donc espérer une évolution des mentalités. Cependant, l'informatique alternative constituée par nos ordinausaures risque fort de rester incomprise au commun des mortels, qui aura déjà du mal à se représenter ce qu'est un Kilo octet en comparaison des Tera octets qu'il a l'habitude de côtoyer. Mais cette considération aurait un effet rétroactif, et des tas de groopies en viendraient alors à nous aduler pour avoir fait naître l'histoire du demomaking...


Conclusion
En dépit de l'idée que le demomaking sera un jour une discipline universellement reconnue comme artistique, on peut se consoler en pensant que d'autres formes de demomaking seront le (2²)²ème Art, sur l'échelle des gens qui n'ont que ça à foutre que de dire ce qui est ou non de l'art !

Le quotidien informatique est pétri d'un dialecte à pervertir n'importe quel puriste de la langue française au point qu'un dictionnaire n'en vient pas forcément à bout. Les académiciens eux-même ne comprennent pas ce qu'est un CD-ROM et écrivent "cédérom" en dehors de toute éthymologie. Se soucier de savoir si notre discipline appartient à un concept qui porte un "nom" est sans doute stérile dans le sens où nous rejetons une partie de ce langage des académiciens, qui définissent le "nom" en question.

Il était cependant opportun de se poser cette question pour rappeler certaines choses :
- La recherche de l'idéal esthétique est une approche minimum, prérequise dans un premier temps.
- Même dans la démo, la médiocrité de pensée nous guette :)
- Certains codeurs ne doivent pas se prendre pour des artistes !
- Nous manquons de graphiste sur CPC...