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Âmes sensibles s'abstenir...
L'Amstrad Plus

ou le mythe du "CPC+"

écrit le 25/03/2020

Merci à OffseT et à Grim pour leur aide

Il est considéré par certains comme la pire déception de tous les temps, par d'autres comme le meilleur 8bits jamais conçu, L'Amstrad Plus est une sorte d'OVNI de l'informatique dont on suppose le relatif succès à sa couleur confusante, proche de celle des ordinateurs 16bits sortis bien avant lui.

Son histoire
C'est après avoir usé jusqu'à la corde les ventes de l'Amstrad CPC que l'entreprise se décide enfin à sortir l'ordinateur que tout le monde attend, surtout en France, le successeur nommé "Amstrad Plus". Les passionnés de l'ordinateur familial CPC attendaient un ordinateur qui leur donnerait les mêmes frissons que celui qu'ils avaient entre les mains. Après la sortie du 6128, on s'attendait à un ordinateur gonflé en mémoire, avec un support de stockage plus consistant et moins cher que les disquettes 3" de l'époque, puis le temps passait et en voyant pointer les 16bits familiaux, on se disait qu'Amstrad préparait le sien en cachette. Et puis... nada, que dalles, rien. Ils ont sorti l'Amstrad Plus, une sorte de poisson d'avril à 4000 francs de l'époque.

Il s'agissait en fait d'un ordinateur 8bits compatible avec le CPC, avec des trucs en plus, mais rien de vraiment révolutionnaire : pas de mémoire, pas de disque dur, le même système d'exploitation. En fait, le pire : les quelques améliorations de l'ordinateur étaient cachées au public par un code d'accès, ne permettant qu'aux éditeurs de jeux d'y accéder moyennant finance. Et même là, rien de révolutionnaire pour l'époque, puisque l'ordinateur était battu à plates coutures par tous les ordinateurs sortis des années plus tôt (Amiga, Atari ST, Archimedes...).

Amstrad a osé sortir en 1990 un ordinateur équipé de 128k de mémoire paginée alors que la concurrence était passée aux mégaoctets, un ordinateur équipé d'un 8bits à 3,3MHz alors que la concurrence était sur des 16bits à 8MHz, un ordinateur utilisant encore des disquettes de 178k là où les concurrents passaient à 720k minimum et aux disques durs. Le tout pour seulement 1000 francs de moins que des vrais ordinateurs. En fait, cet ordinateur était une insulte au progrès.

Et encore, je vous parle de la version la mieux, car l'ordinateur était aussi vendu dans des versions moins chères :

Le MM12
Le moniteur couleur s'appelait le CM14, et il existait aussi le MM12, moniteur monochrome de l'époque. Cet écran était le remplaçant de l'écran monochrome de l'époque. À vrai dire, si une image en noir et blanc sur un ordinateur à 4096 couleurs était déjà misérable, il faut avouer que cet écran n'apportait pas les avantages de repos visuel de l'écran monochrome qu'il remplaçait. Il permettait surtout d'économiser 1000 francs en perdant la partie visible des améliorations du Plus.

Le 464 Plus
Cet ordinateur est aujourd'hui une pièce de collection. En fait, il était tellement stupide que personne ne s'est fait avoir à l'époque (ou presque). Les rares clients à s'être fait avoir ont créé la rareté du produit. Cet ordinateur était à cassettes, et ne permettait pas de brancher un lecteur de disquettes comme pouvait le faire son ancêtre le CPC464. Acheter cet ordinateur neuf pour 3000 francs, même à l'époque, c'était vraiment un truc qu'on ne peut pas comprendre, comme le tantrisme ou la religion.

La GX4000
La GX4000 était la version console de l'ordinateur. C'était un 464 Plus sans clavier ni lecteur de cassettes (ni de disquettes donc). L'intérêt était finalement son faible prix : 1000 francs sans l'écran. On arrivait à un truc acceptable, au détail près que seuls les jeux sur cartouche pouvaient fonctionner dedans. La courte vie de cette machine n'a pas permis à plus de 22 jeux de sortir, dont certains encore aujourd'hui introuvables. Mettons que par rapport aux consoles de jeu de l'époque, celle-ci faisait quand même pâle figure. Mais au moins, on ne se faisait taper que de mille balles.

Ses fonctionnalités
Maintenant que la bile est sortie, voyons rapidement ce que l'ordinateur a eu comme inovations majeures.

4096 couleurs
La plus connue de tous, et aussi la plus visible, l'Amstrad Plus avait une palette de non plus 27, mais 4096 couleurs. Le rendu en est nettement différent, même si la taille des pixels ou la restriction sur le nombre de couleurs (4 en mode 1) commence à faire bizarre avec ce niveau de nuances.

Sprites hard
Des sprites hard sont intégrés à l'ordinateur. 16 sprites hard en tout, ce qui est plutôt bien compte tenu de la concurrence, bien que des limites techniques ne permettent pas d'en tirer le plus grand potentiel (temps d'écriture très long).

DMA
Un peu moins connue, cette amélioration permettait à un jeu d'instructions de s'exécuter en parallèle du Z80, permettant un semblant de multitâches sur les sons. On peut essentiellement l'utiliser pour jouer des samples.

Interruptions programmables
C'était un parent pauvre du CPC, il est enfin possible de faire des synchronisations précises sans pour autant compter tous les NOPs qui passent.

Les différences avec le CPC
Cet ordinateur qui est arrivé après le CPC et dont l'architecture interne est complètement différente (une bonne partie des composants étant intégrés dans un unique ASIC) a finalement de nombreuses différences avec le CPC. Outre le CRTC (intégré lui aussi) assez peu différent de ce qu'on a fini par accepter sur CPC, de nombreuses autres différences en changent le rendu, obligeant à une certaine tolérance, là où votre serviteur se casse le cul à l'exigence du résultat visuel.

Les 27 couleurs
Commençons par le vrai crève cœur de l'affaire : les 27 couleurs du CPC ne sont pas fidèlement restituées. Vous avez affaire ici à quelqu'un qui a dédié un temps considérable à pinailler sur les pixels du CPC et ce qu'on peut en tirer de mieux, et le descendant du CPC lui-même a complètement foiré sa palette de couleurs, pour une raison absolument inconnue. Il faut savoir que si ce qu'on appelle la "mi-teinte" du CPC est assez proche d'une vraie mi-teinte, les 16 paliers du Plus ne permettent pas techniquement d'avoir une teinte à mi-chemin entre la plus claire et la plus sombre. (il faudrait une valeur de 7,5, située à mi-chemin entre 0 (sombre) et 15 (clair)). La valeur choisie a finalement été 6, donc vraiment trop sombre ! Tous les dessins sont foirés, tous les dégradés se mangent des paliers, et tous les graphistes exigeants mangent leur chemise.

Sur le site du grimware, vous trouverez des mesures réalisées à la sortie des composants électroniques responsables de la couleur. Des nuances apparaissent. Mais elles sont bien en deçà de ce qu'on observe en réel. La raison vient peut-être de la différence de l'écran, d'un filtre en sortie, d'une tolérance électrique, je ne sais pas. Mais le seul moyen de vous en convaincre est de vous montrer des photos d'écran faites dans les mêmes conditions sur les 2 machines. Les seules retouches réalisées ont servi à améliorer le calibrage entre les 2 écrans (donc pour limiter les différences de rendu).


Méthode utilisée pour les photos :

Un appareil compact a été utilisé sauvant en JPG (ça, c'est pour mes limites techniques, je fais avec ce que j'ai, désolé). L'appareil était le même pour les 2 photos. Dans les 2 cas, une tentative de cadrage a été faite avec un pied, mais comme l'écran du Plus déforme davantage l'image que e CPC (surtout en haut), il m'a été très difficile d'avoir 2 image totalement superposées.

La balance des blancs a été faite respectivement sur chaque écran avec un fond gris neutre (couleur 13). Plusieurs images ont été réalisées avec des corrections de luminosité différentes, aussi bien pour le plus que pour le CPC.

Sous Photoshop, j'ai ensuite rassemblé les 2 photos les plus semblables, une venant de chaque machine. Je les ai superposées, et ai appliqué une lègère déformation pour compenser les erreurs inévitables de parallélisme à la prise de vue, de façon à comparer les couleurs en étant le moins gêné possible par la géométrie merdique du tube de l'Amstrad Plus.

La première image montre le résultat brut des 2 photos les plus semblables.

J'ai ensuite tenté de calibrer le blanc de façon à avoir le même que le CPC. On voit alors que les mi-teintes sont plus sombres, avec notamment : le mur gris s'assombrit et devient moins lumineux que le tag rouge. Les zones de dégradé disparaissent au profit de zones de contraste (abdominaux, bras à droite, tignasse à gauche).

Pour terminer, j'ai essayé de calibrer les 2 images sur un même gris afin de réduire la différence sur les 2 images. On voit alors nettement les couleurs claires ressortir. Les tags sur le mur deviennent tous lumineux (sauf le vert et le bleu foncé). Les plis vert clair sur les vêtements deviennent très lumineux (électriques). Mais pour finir, si cette image semble réduire un peu les différences (tout est relatif), elle constitue un réglage impossible sur le moniteur du Plus, car alors, le noir passerait en gris clair.

J'ai pris la première image qui me semblait pertinente (le fond gris m'a inspiré). Je pense qu'on peut avoir des résultats résolument pires sur des images plus récentes, utilisant les trames ou des dégradés. Mais je laisse ces observations à vos bons soins...

Comparaison montrant une "moyenne" des différences entre le Plus et le CPC.
Comparaison en réglant l'image sur le blanc.
Comparaison en réglant l'image sur le gris (techniquement impossible en gardant le noir).

Sortie son
Si on peut considérer comme un progrès le fait que le Plus ait finalement décidé d'intégrer des hauts-parleurs au moniteur afin de récupérer des basses, cela amène une différence importante sur la restitution du son du CPC. Les puristes du speaker d'origine des claviers de CPC n'ont pas du tout le même rendu sur les HP intégrés, très chargé en basses. D'autre part, si on souhaite faire des effets avec le mixage mono, c'est vraiment plus la même chose. Bref : on n'avait pas la même image, et là, on n'a pas non plus le même son.

Timings du GA
Les timings du GA sont différents : les split rasters (tant utilisés de nos jours) arrivent quelques pixels plus tard sur le Plus (un demi-NOP). Cela fait foirer tous les split rasters qui étaient prévus pour le CPC et inversement : des splits programmés sur le Plus seront décalés sur le CPC.

Cas du mode 2
L'une des propriétés du CPC (certains pourraient parler de bug, mais il est commun à tous les CPC), est de décaler l'écran d'un pixel vers la gauche lorsqu'il est en mode 2. Par exemple, dans le cas d'un changement de mode au milieu de l'écran, le BORDER ne sera plus aligné. C'est notamment un écueil qu'il avait fallu corriger pour le Mahjong, puisque le mode EGX2 devait prendre en compte cette subtilité, pour que les pixels soient alignés. Sur un Plus, on n'observe pas ce décalage. Le mode EGX2, par exemple, demande donc une adaptation.

Lecteur de disquettes
C'est presque un détail, mais il faut savoir que les disquettes 3" écrites sur un CPC passent généralement très mal sur un Plus. Le problème viendrait de subtilités dans les timings (encore une fois). J'en ai fait l'expérience moi-même, avec les 200 disquettes d'un pote. J'ai été très déçu.

Connectique extension
S'il est possible de faire des interfaces compatibles, il faut savoir qu'une nappe spécifique est nécesaire pour les raccorder. Non pas seulement que le connecteur est différent, mais le branchement est lui aussi différent, certaines broches étant déplacées.

"Bug" PPI
Sur le Plus, le PPI fait partie des choses émulées, intégrées dans ce gros composant qu'est l'ASIC. Une petite subtilité sur la remise à zéro du bus en cas de changement de mode du PPI fait que certains tests de touches ne fonctionnent pas (et là, on touche d'anciens jeux essentiellement).

Port imprimante
Le Plus a un port imprimante 8 bits au lieu de 7 bits sur le CPC. Ne crachons pas dans la soupe, c'est clairement un avantage. Toutefois, il faut savoir que cela amène des problèmes de compatibilités dans certains cas, où le port imprimante est lu sans précaution. Par exemple, l'utilisation de la carte virtual Net pose problème.

Lecteur cassette... ?
Évidemment, le 6128Plus n'étant pas équipé d'un branchement adéquat, il se prive de tout ce qui peut exister sur cassette. Il ne peut donc pas communiquer avec un CPC 464 nu, ni d'ailleurs avec son frère, le 464Plus, même équipé.

Mon exutoire
Lors de sa sortie, le Plus s'est habillé de blanc, pour le faire ressembler à tous les ordinateurs 16 bits de l'époque. Le stratagème était grossier, et on voyait bien que l'ordinateur tentait de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Vingt ans plus tard, la blague étant connue de tous, il revient la queue entre les jambes en essayant de se faire passer pour un CPC. Cet ordinateur n'assumera-t-il jamais sa différence ? Il est capable de faire bien autre chose qu'un CPC, pourquoi si peu de personne on-t-elle porté à cette machine une attention décente en 30 ans ?

Je ne prétends pas que le Plus est une mauvaise machine. D'autres sont plus qualifiés que moi pour le faire, notamment ceux qui le connaissent dans ses moindres détails et qui se sont confrontés à ses nombreux bugs. Mais cette page est aussi là pour rappeler que l'Amstrad Plus n'est pas un CPC. La preuve : c'est marqué dessus !

Il a été vendu dans l'idée que les anciens programmes seraient compatibles, ce qui a été le cas pour bon nombre d'entre eux (pas tous cependant). Mais lorsque l'utilisation d'un ordinateur le pousse dans ses limites, il faut bien comprendre que le CPC n'a aucune limite commune avec le Plus. Ce sont réellement 2 machines à part entière, et les fonctions du CPC sont simplement "copiées" ou "émulées" sur le Plus. Je n'accorde donc pas plus de respect à cet ordinateur qu'à n'importe quel émulateur. En 2020, visionner une démo CPC sur un Plus, c'est comme brancher un écran LCD sur son CPC, boire un Orange Pekoe TGFOP dans une gourde en plastique en sortant de la piscine, écouter du Messiaen sur les ondes courtes ou ajouter un peu de Pisang Ambon dans son Margaux millésimé. C'est juste vulgaire et immoral.